DOMactu.com   
Martinique | Les entretiens exclusifs DOMactu

Entretien avec Garcin Malsa

Garcin Malsa est l'un des hommes politiques les plus impliqués dans le développement de la Martinique. Il est le maire et le conseiller général de la Ville de Sainte Anne depuis près de 15 ans. Il a également créé son propre parti politique le MODEMAS qui prône l'indépendance pour la Martinique. Titulaire d'une maîtrise de Biochimie, L'ASSAUPAMAR est pour Garcin Malsa plus qu'une association écologiste mais le moyen de modifier les comportements des martiniquais.
Samedi 14 octobre 2006 09:00 | DOMactu.com | Par Frédérique Laurent

DOMactu : Quel portrait de l'homme que vous êtes dresseriez vous aux lecteurs de DOMactu ?

GM : Je suis un personnage assez atypique puisque je suis souverainiste donc indépendantiste. Mais je suis aussi écologiste, c'est très important pour moi. Je crois très fermement que dans le monde d'aujourd'hui on ne peut plus se contenter de détruire la nature et par conséquence l'homme. Il faut penser aux générations futures et préparer à tout prix une alternative au développement actuel. Cette alternative repose profondément sur  le respect de la biodiversité, des fonds marins, de la terre, de notre culture et par-dessus tout par le respect des identités. Il faut que le peuple martiniquais s'organise de mieux en mieux pour prendre des responsabilités. C'est une manière d'affirmer son identité. Voilà ce que je peux dire en quelques mots sur moi.

DOMactu : Vous avez créé l'ASSAUPAMAR vis à vis de votre penchant d'écologiste, aujourd'hui, vous pensez vraiment que les martiniquais prennent cette association au sérieux, qu'ils lui trouvent un rôle ? On a entendu beaucoup d'entre eux dire qu'elle ne sert à rien, qu'en pensez-vous ?

GM : Aujourd'hui, les martiniquais, dans leur majorité disent que si il n'y avait pas l'Assaupamar, il aurait fallu l'inventer. C'est tellement vrai que c'est l'Assaupamar qui est à l'origine de l'apparition du concept d'écologie en Martinique. On a permis une réelle prise de conscience pour l'écologie auprès de la population. Il n'empêche que ce n'est pas la propriété de l'Assaupamar, chaque citoyen doit être un éco citoyen. C'est ainsi qu'on arrivera à changer le monde.

DOMactu : Il est vrai que la vision de beaucoup de personnes a changé depuis que l'association a gagné le combat dans le dossier de la Grand-Rivière. On peut dire que vous êtes satisfait ?

GM : C'est une grande victoire pour l'ASSAUPAMAR mais aussi pour les martiniquais et tout ceux qui considèrent l'eau comme un élément vital. La Grande-Rivière qui est pour l'instant une source inépuisable d'eau doit être protégée et considérée comme un patrimoine martiniquais et voire même un patrimoine mondial.

DOMactu : Plus sérieusement, vous ne pensez pas que les méthodes utilisées par les militants et vous-même sont des fois trop excessives et occultent pour beaucoup  les vraies causes que vous défendez ?

GM : Ah Non ! Les militants de l'Assaupamar utilisent trois pistes pour mener à bien leurs combats : la 1ère est l'éducation de la population. Il faut absolument une éducation à la non-violence, c'est d'ailleurs l'un des adages de l'association. La 2ème piste qui est pour nous la plus intéressante, c'est la voie juridique, surtout si les choses ne sont pas faites dans les règles. Et enfin, la 3ème piste qui est pour nous légitime : le combat sur le terrain, pour défendre la mangrove par exemple. Je crois qu'il faut légitimement s'imposer quand il s'agit de protéger notre environnement. Si l'Assaupamar le fait, c'est qu'elle a raison.

DOMactu : Autre casquette de Garcin Malsa, vous êtes maire de Sainte-Anne. Il y a quelques semaines vous êtes montés au créneau par rapport à différents conflits qui animent votre commune. Sainte Anne serait-elle menacée économiquement ?

GM : Aujourd'hui, il y a un laisser aller au niveau de l'hôtel Anchorage à Belfond, l'actionnaire majoritaire a décidé  le démantèlement du complexe hôtelier. Tous les appartements ont été mis à la vente et ont déjà trouvé chacun un acquéreur. J'espère que la fonction hôtelière sera maintenue par les gestionnaires. Je sais que c'est un bien privé, mais depuis quatre ans, les collectivités, Conseils Général et Régional, la mairie, nous avons faits beaucoup d'efforts pour relancer l'hôtellerie à Sainte-Anne. Nous ne pouvons pas nous consacrer à un tel travail et mettre tant d'argent pour observer passivement que tout s'en va en dilapidation, et malheureusement sans que les salariés soient pris en compte. L'autre problème qui se pose à Sainte Anne, c'est effectivement la culture du melon qui traverse une crise, qui je reste persuadé est résolue. La culture du melon est essentielle pour la Martinique c'est pour cela que je me bats pour la maintenir. Du point de vue économique, on ne peut pas séparer Sainte Anne du reste de la Martinique. C'est une commune agricole, artisanale mais très fortement touristique. La plage des Salines accueillent 2,5 millions de visiteurs par an.

DOMactu : Vous en êtes conscient votre courant politique souverainiste n'est pas en phase avec l'économie martiniquaise, faudra bien vous faire à l'idée tôt  ou tard ?

GM : Vous vous trompez ! La marche en avant vers la souveraineté est inéluctable et nécessaire. Dans le monde d'aujourd'hui, il est nécessaire qu'un peuple soit souverain. Nous sommes dans le vrai, puisque quand on regarde les martiniquais ils sont majoritairement traversés par l'esprit d'indépendance. Ils ne sont pas encore indépendantistes. D'ailleurs, un simple fait, ils ne refusent pas, comme il y a 10 ans, d'élire un président de Région indépendantiste,  un maire ou un conseiller général indépendantiste. Cela veut dire que ceux qui croient en l'indépendance ils sont certainement nombreux, ils s'organisent à mettre en place un véritable projet pour ce pays.

DOMactu : Garcin Malsa ne s'est jamais présenté aux élections législatives, pourquoi cela ?

GM : Absolument pas ! Un indépendantiste ne doit pas se présenter à ces élections parce que je ne crois pas que c'est à l'Assemblée Nationale française que nous allons régler la question de l'indépendance de la Martinique. La seconde raison, pour moi, c'est que ce serait un leurre vis-à-vis de la population, que de leur demander de m'élire en tant qu'indépendantiste à l'Assemblée Nationale. D'ailleurs il faut tirer les enseignements du passé, ceux qui ont cru qu'ils pouvaient se trouver à l'Assemblée pour faire avancer la cause de l'indépendance et bien ils se sont trompés. Rien n'a avancé.

DOMactu : Donc pour vous le président du Conseil Régional, Alfred Marie-Jeanne, brasse de l'air ? Il se dit indépendantiste mais est également député.

GM : Il prend sa responsabilité. Moi, j'ai pris la mienne mais si lui il sent qu'effectivement  être là c'est utile, c'est lui qui voit. 12 ans après avoir été là, je n'ai pas vu la cause avancer.

Propos recueillis par Frédérique Laurent

Imprimé le 06/01/2009 02:39:38 sur DOMactu.com