Entretien avec Marie-alice André-Jaccoulet
Marie-alice André-Jaccoulet
FL
Marie-alice André-Jaccoulet s'est fait connaître en Martinique par sa fonction principale d'avocate au Barreau de Fort de France. Mais dans les années 90, elle se rapproche de très près de la sphère politique martiniquaise, jusqu'à se présenter aux législatives face à Aimé Césaire, et bien plus tard c'est la municipalité de Ducos qui la séduira. Elle n'obtiendra aucun mandat mais elle reste malgré tout très productive pour la politique de son pays.
DOMactu : Si franchement nos lecteurs ne vous connaissaient pas, comment vous présenteriez vous ?
MAJ : Je suis Marie Alice André-Jaccoulet, je suis une femme martiniquaise qui n'a pas honte de sortir son passeport français et par conséquent je ne suis pas une femme qui cultive l'ambigüité mais bien au contraire la transparence et la clarté.
DOMactu : Selon vos propos, la place de la femme dans la société martiniquaise est très importante, expliquez nous pourquoi
MAJ : La femme existe réellement dans la société martiniquaise, et sa place a évolué au fil du temps. Elle a n'a pas encore la place sur le plan politique qu'ont nos voisines guadeloupéenne et guyanaise. Ceci est lié à l'histoire. Je crois que la femme martiniquaise a toujours soutenu l'homme politique. Elle a toujours été très présente sur le plan syndical, le terrain mutualiste, associatif. Sans les femmes, les hommes ne peuvent pas exister sur le plan politique. Aimé Césaire, lui aussi, a été beaucoup soutenu par des femmes de 1945 à 1993, et même après. Les femmes sont davantage courtisanes, égéries en Martinique alors qu'en Guadeloupe ou en Guyane elles sont plus militantes.
DOMactu : Vous mettez en avant Christiane Taubira et Lucette Michaud-Chevry, qu'en est-il de Marie-Alice André-Jaccoulet ?
MAJ : Marie-Alice André-Jaccoulet est une femme qui s'est battue, c'est vrai ! Je me suis lancée sur le terrain politique avec passion et détermination. Et aussi avec beaucoup de courage. J'ai été mise hors d'état de poursuivre mon engagement politique. Je ne peux plus par rapport à des soucis de santé survenus en 96 puis en 2005. Je ne peux plus militer mais je n'ai pas pour autant perdu l'usage de la parole. Heureusement, je peux encore dire ce que je pense. Même si je n'ai pas été élue en 93 aux législatives, si j'avais poursuivi mon combat cela aurait été quelque chose de remarquable. Je n'ai pas été raillée, ni humiliée, ni vilipendée. On a sans doute été surpris par ma présence, mon score et mon autorité. J'ai mené une très belle campagne face à Darsières, je suis arrivée au second tour en éliminant le représentant socialiste et le représentant communiste.
DOMactu : C'est une décision ferme et définitive, la politique c'est fini pour vous ?
MAJ : Pour faire de la politique, on n'a pas besoin de mandat. Je pense que je peux apporter beaucoup en étant présente, en participant à des émissions. Je considère que ce n'est pas parce qu'on n'est pas élu, qu'on ne puisse pas participer aux débats publiques, donc j'écris à la presse, au Président de la République.
DOMactu : Etre constamment dans la sphère médiatique, ne vous a pas porté préjudice dans votre carrière d'avocat ?
MAJ : Je n'ai pas l'impression d'être constamment dans les médias. J'aurai pu l'être 4 fois plus, compte tenu de tout ce que je fais. Mais j'agis beaucoup dans l'ombre. Professionnellement, c'est vrai que ça peut déplaire, mais comme vous le savez, on ne peut pas plaire à tout le monde. J'en accepte l'augure.
DOMactu : Etre Marie-Alice André-Jaccoulet, je suppose que ça se bouscule à votre cabinet, mais il y a-t-il des causes que vous refusez de défendre ?
MAJ : Il est vrai que je choisis les dossiers et surtout je dis aux gens ce que je pense. Je ne défends pas les trafiquants de drogue, je ne peux pas car ils sont en train de polluer notre jeunesse. Les défendre... je serai mal à l'aise. Je ne défends pas non plus les violeurs parce que je suis l'avocate d'Enfance et Partage et ayant un contrat avec eux, je ne peux pas. Et même s'il n'existait pas, je n'aurai pas pu. Les affaires de diffamation non plus je ne les accepte pas : son honneur on peut le défendre autrement qu'à l'occasion d'un procès, qui fait beaucoup plus de mal que de bien, à la personne.
DOMactu : Vous avez été également bâtonnier, vous fêterez bientôt vos 40 ans au barreau de Fort de France, vous n'avez jamais été attiré par d'autres fonctions ? Juge, ça ne vous a jamais intéressé ?
MAJ : Oui, bien sûr j'ai hésité entre les deux. J'avais préparé le concours de la magistrature, et j'ai fait le pré-stage au Parquet de Paris mais je crois que je n'étais pas faite pour être magistrat. J'ai voulu être avocate à l'âge de huit ans, j'ai réalisé mon rêve. C'est vraiment une vocation et aujourd'hui un sacerdoce.
DOMactu : Vous avez également exercé au Barreau de Paris, quel regard magistrats et avocats avaient ils sur vous en voyant une femme noire, une martiniquaise plaider ? Avaient-ils une certaine appréhension ?
MAJ : J'étais très jeune au Barreau de Paris et je n'ai eu aucun problème. Lorsque j'étais stagiaire chez le président des Avoués de Paris, je recevais tout le monde. Mon patron Maitre Noury me mettait en face de toutes sortes de clients : patrons de banques, directeurs d'assurance, des gens du Showbizz. Personne ne m'a jamais dit : « Je ne veux pas être reçu par cette martiniquaise ou cette femme noire ». Par contre, à la Martinique, lorsque je fais recevoir mes clients par des collaborateurs métropolitains, ce sont les antillais qui ne veulent pas. Alors que les martiniquais arrêtent de traiter les autres de racistes.
DOMactu : Pour conclure, les présidentielles se rapprochent, tout le monde est plus ou plus moins en campagne, avez-vous un candidat que vous soutiendrez jusqu'au bout ?
MAJ : Pour vous répondre, il faudrait que je connaisse déjà les candidats ! Au moment où je vous parle, il n'y en a pas, puisque comme ils le disent, ils ne sont pas encore investis. Il est vrai il y en a qui me séduisent. Je ne me fonds pas dans la masse qui ne voit que Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy. Il y a d'autres personnalités qui se dégagent.
Propos recueillis par Frédérique Laurent
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